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NOTES

PETITS TRAITÉS

PARIS. IMP. SIMON UaÇON ET COMP., BUE u'EnFOnTII, I.

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NOTES

PETITS TRAITÉS

CONTENANT

ÉLÉMENTS DE STATISTIQUE

OPUSCULES DIVERS

FAISANT SUITE

AUX TRAITÉS D'ËCONOilE POUTIQUE ET K

M. JOSEPH GAUNIO

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PRÉFACE

Les nombreux opuscules (Petits Traités, Notices, Notes), qui composent ce recueil, servent, ainsi que notre volume sur la Population, de développement à nos deux Traités consa- crés, Tun àTexposition de la Science économique, l'autre aux Finances, et auxquels nous avons voulu laisser le caractère d'ouvrages didactiques, en évitant les digressions.

Ils sont classés, groupés et liés dans un ordre méthodique, selon l'esprit d'ensemble qui a présidé à la rédaction des traités qui viennent d'être rappelés, et le lecteur' pourra re- connaître que la plupart sont relatifs à des questions de haute importance.

Par les additions et Jes reti'anchemenls qvn oxvl ëV^ ^^\Và ^

H PREFACE.

nette seconde édition, c est un ouvrage nouveau, à beaucoup d'égards, qui est offert au public.

Le premier recueil * contenait des Éléments de Finances dont une deuxième édition a été publiée à part, sous le titre de Traité de Finances. Malgré cette disjonction et celle de quelques autres morceaux qui retrouveront place ailleurs, ce nouveau volume contient plus de matières que le précèdent, soit parce que les écrits qui se trouvaient dans la pre- mière édition ont été revus et augmentés , soit à cause des opuscules (quelques-uns inédits) qui y sont nouvellement in- troduits.

Ces derniers ont été marqués d'une astérisque à la table des matières, une note rappelle les articles que Ton a jugé à propos de retrancher.

On a indiqué, dans le courant du volume, la provenance de ces divers écrits choisis parmi un grandnombre d'articles insérés dans diverses publications, et qui, nous le répétons, quoique d'origine différente, ont été conçus selon un plan général d'études méthodiques.

Chaque morceau formant un tout séparé, on a cru pouvoir laisser subsister quelques répétitions qui ont à plusieurs égards leur utilité.

' iS58, in-iS.

PREFACE. 11 J

Voici la division générale du volume détaillée dans la table générale des matières :

Éléments de Statistique, édition.

II

Notice sur I'Éconoiiie politique, son but, ses limites, ses rapports avec les autres sciences morales et politiques, etc.

III

Questions relatives à la Valeur. à la Moicnaie, aux Métaux prégeux, au NuMÉRAmE.

IV

Questions relatives à la Liberté du travail :

Réponses à vingt questions de M. Jobard sur la Concurrence ; Notes re- latives aux Cqrporations-ofïices, à la Réglementation, à l'Inter- vention de l'État.

Questions relatives aux différentes branches de I'Industrie commerciale Notices sur le Commerce, sur l'Approvisionnement, sur l'Accapa- rement, — sur le Change, sur les Opérations de Bourse et l'Agio- tage.

VI

Noiice sur les Crises commerciales. Analyses de leurs causes et des re- mèdes qu'on peut y apporter.

VII

Questions relatives à la Liberté do commerce :

>;otices et notes sur les Procédés de la douane, les Traités de commerce,

le Régime colonial, la Contrebande, le Tarif français avant la réforme de 1860, la Réforme douanière en Anglelerve eV exv'ÇTWvvL^ ,

le Libre échange.

ÏW PRéFACE.

VIII

Notice sur I'Assocutioîi, considérée au point de vue Politique Social, Religieux, Economique.

IX

Notes et indications sur le Socialisme et les diverses Écoles se listes.

X

Questions diverses :

Analyse de la Production immatérielle, tableaux de la productivité diverses catégories de travailleurs ;

Note sur quelques termes de la Nomenclature économique;

Note sur les discussions récentes relatives à la Rente fbndère;

Notice sur les Expositions nationales et universelles des produits rindustrie.

Notes compléiiemtaires

ËLËMËNTS DE STATISTIQUE

CHAPITRES CONTENUS DANS LES ÉLÉMENTS DE STATiSTIQUE

CHAP. I. Déiînition, Limites et Divisions de la statistique.

CHAP. II. Méthodes de la statistique : Cadastre, Recensements,— Mouvement de la population, Tables de mortalité, Statistique agricole, industrielle, commerciale, etc.

CHAP. m. Opérations de la statistique.

CHAP. IV. De la nature des chiffres, et des moyens administratifs de les recueillir. Institutions de statistique.

CHAP. V. Utilité et progrès de la statistique. Les Congrès de statisti- que. — Publications et documents de la statistique.

ÉLÉMENTS

DE STATISTIQUE

(3« ÉDITION*)

CHAPITRE PREMIER.

DÉFINITION, LIMITES ET DIVISIONS DE LA STATISTIQUE.

I. Nom et limites de la Statistique. --11. Des rapports de la Statistique avec rÉconomie politique. III. Des divisions de la Statistique. Qualités nécessaires aux statisticiens.

§ !• Hom et limites de la StatîMtiqae.

C'est Achenwall, professeur de droit public à Funiversité de Gottingue, qui a donné à la Statistique son nom vers le milieu du dernier siècle, dans les cahiers d*un ensemble de notions nouvelles qu'il professait et qu'il dénommait scientia statistica^ comme on disait scientia politicaj dont on a fait la Statistique (en allemand, Statistik), comme on a fait la Poli* tique. A peu près à la même époque, le père de la philosophie écossaise, le précurseur d'Adam Smith, Uutcheson,* appelait l'Économie poUtique Œconomice^ dont il est bien regrettable que l'on n'ait pas fait l'Économique, mot qui aurait évité bien des confusions et plusieurs des obstacles que la science a ren- contrés dans sa marche.

Achenwall définissait la statistique : « La connaissance appro- fondie de la situation [status) respective et comparative de chaque État. »

* 1~ édition dans le Dictionnaire d'Économie politique ; *!" èôÀNJvow dans la 1" de Ni^es et petits Traités.

4 NOTES ET PETITS TRAITÉS. ÉLÉMENTS DE STATISTIQUE.

Schlœzer, qui lui succéda à l'université, écrivait que « la statistique a pour bul de faire connaître tous les objets dont se compose la puissance d'un État, n Et poiir la distinguer de l'histoire, il ajoutait : « L'histoire est la statistique en mouve- ment, et la statistique est Thistoire en repos. »

Plus tard, John Sinclair dans son histoire du revenu public de l'empire Britannique* (1785), élargissait indéfininfient le champ de la science en disant qu'elle « a pour but de consta- ter la somme de bonheur dont jouit une population et des moyens de l'augmenter. »

Au commencement du siècle (1801), William Playfair, dans un manuel de statistique *, disait que « cette science consiste en des recherches sur la matière pohtique des États, et que la géographie n'est qu'une partie de la statistique. »

Melchior Gioja veut, dans sa Philosophie de la statistique*^ que cette science « comprenne tous les faits quelconques qui appartiennent au pays, k

M. Schubert, dans une introduction à sa statistique de l'Eu- rope, après avoir reconnu la difficulté d'arriver à une bonne définition de la statistique, dit que « cette science a pour ob- jet de présenter la situation actuelle des peuples civilisés sous le rapport de leur vie intérieure et extérieure, et de leurs rela- tions respectives *. »

Balbi ' donnait le même champ à la géographie politique et à la statistique, avec celte différence que « la première se contente des résultats généraux, tandis que la seconde entre

* The hislory of the public revenue, i'^ édil., 1785, in-4.

^ Traduit de l'anglais par Donnant, sous le titre de Traité élémentaire de staiistique, etc. Paris, 1802, 1806, in-8. ^ Filosofia délia statistica. Nilan, 1826, in-8.

* Hatulbuch der allgemeinen Staatskunde von Europa ^Manuel de la Slalistique générale de l'Europe), 1835-1846, 6 vol. T. I, p. 1.

« Aùrégéde géographie. Paris, 1830, iu-8; iutroduction, ç. 4.

DÉFINITIOKS, LIMITES ET DIVISIONS. CH. I. 5

dans les détails. » C'est à peu près Topinion inverse de celle de Playfair.

M. Guerry, dans son beau travail sur la statistique crimi- nelle ^ a dit de son côté : « La statistique générale, que Ton a longtemps confondue avec la géographie, exclut les descrip- tions, et consiste essentiellemeat dans Ténumération métho- dique d'éléments variables dont elle détermine la moyenne. »

M. Dufau, auteur d'un Traité de statistique fuhMè en 1840', définit Fensemble des connaissances qui font l'objet de son livre : « La science qui enseigne à déduire des termes numé- riques analogues les lois de la succession des faits sociaux. »

M. Quételet, dans un ouvrage publié en 1846 et consacré en partie à la statistique, détermine les limites de cette science en disant qu'elle « ne s'occupe d'un État que pour une époque déterminée; qu'elle ne réunit que les éléments qui se ratta- chent à la vie de cet État; qu'elle s'applique à rendre com- parables et combine de la manière la plus avantageuse tous les faits qu'ils peuvent nous révéler^. »

M. Quételet cite aussi* une définition donnée par M. Vil- lermé en ouvrant un cours de statistique à l'Athénée de Paris : « La statistique est l'exposé de l'état, de la situation, ou, comme l'a dit Achenwall, de tout ce qu'on trouve d'effectif dans une société politique, dans un pays, dans un lieu quel- conque. — Mais cet exposé, dégagé d'exphcations, de vues théoriques, de tout système, et consistant, pour ainsi dire, en un simple inventaire, doit être rédigé de telle façon, que l'on compare aisément tous les résultats, et que les efiets généraux des institutions, le bonheur ou le malheur des habitants, leur prospérité ou leur misère, la force ou la faiblesse du peuple, puisse s'en déduire. »

* Page 64.

* Traité de statistique. Paris, Delloye, 1840, i vol. in-8. ^ Lettres sur la théorie des probabilités, p. '269. */^i(/.. p.452.

6 NOTES ET PETITS -TRAITÉS. ÉLÉMENTS DE STATISTIQUE.

Enfin, M. Moreau de Jonnès, qui a publié plus récemment encore (1847), des Éléments de statistique^^ commence son ouvrage par cette formule : « La statistique est la science des faits sociaux exprimés par des termes numériques, i

11 nous paraît que, sans entrer dans aucune discussion, nous pouvons légitimement établir notre préférence pour celte der- nière définition, qui dit la même chose que celle de M. Dufau, en termes plus heureux ; qui exprime bien plus la véritable nature de la statistique que toutes celles que nous avons reproduites, et d'autres encore que nous aurions pu repro- duire. Mais il faut avoir bien soin de ne pas séparer les deux idées qu'elle renferme : l'idée des faits sociaux, et celle des faits sociaux exprimés par des termes numériques. En effet, si l'on disait seulement : science des faits sociaux, on embras- serait un champ trop vaste, qui comprendrait celui de l'éco- nomie sociale tout entière et de la plupart des sciences qui s'y rapportent. Mais en indiquant qu'il ne peut s'agir pour elle que des faits sociaux susceptibles d'être formulés en nombres, on la circonscrit dans le domaine qui lui est propre.

Au surplus, le mot « sociaux » est encore trop exclusif. Tout relevé numérique, de quelque ordre de faits que ce soit, est du domaine de la statistique. C'est l'idée qu'exprimait (en termes inexacts) Napoléon V en définissant la statistique « le budget des choses. »

En considérant ainsi la statistique, on n'a aucune peine à la distinguer de l'histoire, de la géographie et de l'économie politique, dont elle est l'utile auxiliaire, et qui lui fournissent également leurs secours.

g II. De« rapports de la Slalistique avec l'Éeonomie politique*.

L'économie politique étudie les lois naturelles des sociétés au point de vue des travaux auxquels elles se livrent ; elle

* Paris, Guillaumin, 1847, 1 vol. in-i8, 2- édition, 1856. ^ V. plus loin dans l'écrit But et Imites de VÉcanomie politique, % VII, un autre rapprochement entre les deux sciences.

DEFINITIONS, LIMITES ET DIVISIONS. CH. I. /

constate, en d'autres termes, comment se forme, se distribue et se consomme la Richesse résultant de ce Travail. Pour arri- ver à ses fins, elle a souvent besoin de la statistique, soit pour vérifier, par le relevé des faits accomplis, la justesse de ses déductions spéculatives et synthétiques, soit pour obtenir une certaine masse de faits bien observés d'après lesquels elle établit, en suivant la voie analytique, des lois générales, ex- pression des faits constants et universels. Remarquons toute- fois que la science économique n'a recours à la statistique que pour les faits numériquement exprimés, et que l'observa- tion des autres phénomènes sociaux rentre dans son propre domaine ou fait partie du domaine de l'histoire, de la morale, de la philosophie ou des autres branches des connaissances humaines.

Il résulte de ceci que l'économiste fait souvent de la statis- tique, et qu'il y a beaucoup de cas il lui serait impossible de ne pas en faire; il en résulte encore que le statisticien, pour procéder à ses recherches, a besoin d'être guidé par des no- tions bien précises et bien claires sur l'économie de la société, sur les causes et sur les résultats des faits sociaux dont il re- cherche les relevés numériques.

Comment se fait-il cependant qu'il existe entre les écono- mistes et les statisticiens proprement dits une certaine oppo- sition qui s'est quelquefois traduite par de l'acrimonie et des quolibets? Cela tient à ce que ni les économistes, qui ont un superbe dédain pour la statistique, ni les statisticiens, qui font û de l'économie politique, n'ont pris la peine de se. rendre compte des attributions bien définies des deux sciences, de l'appui qu'elles se prêtent et du besoin indispensable qu'elles ont l'une de l'autre. Il n'est pas rare, en effet, de voir le même économiste qui a décoché quelques traits sati- riques contre la statistique prodiguer dans ses raisonne- ments, et même jusqu'à l'abus, les faits et les chiffres qu'il invoque à l'appui de ses opinions; semblable en cela à ces philosophes moralistes qui font profession de dédaigner l'^iî.ç>- ' nomie politique comme une science ba&ëe swt WwVfeefeV ^\

8 NOTKS ET PETITS TRAITÉS. ÉLÉMENTS DE STATISTIQUE.

l'utile, et qui ne savent pas faire un pas sans s'appuyer sur ces deux mobiles non uniques, mais fondamentaux cependant, des actions humaines. Il n'est pas rare aussi de voir des sta- tisticiens très-dédaigneux des études économiques, et qui, soit pour se guider dans leurs recherches, soit pour en faire ressortir la signification et l'importance, se livrent à des élucu- brations économiques, avec cette différence qu'ils se pronon- cent la plupart du temps en faveur du préjugé, qu'ils appellent \sijn'atique, contre la vérité, qu'ils voudraient flétrir du nom de théorie.

Ce sont deux travers assez communs de notre temps, même parmi les hommes d'un certain mérite. Il faut dire, à la décharge des uns, qu'il y a de prétendus économistes à qui la science a de terribles comptes à demander ; et, à la décharge des autres, qu'il y a eu des statisticiens parfois bien ridicules. Si l'enseignement de l'économie politique était plus répandu, ces charlatans de l'une et de l'autre science n'auraient pas eu le crédit qu'ils ont usurpé quelquefois.

Nous ne pouvons pas cependant nous dissimuler que ce travers est encore fondé sur la manière inexacte dont plusieurs esprits honnêtes et sérieux envisagent la statistique. Ils pen- sent que, par cela seul qu'ils se livrent avec conscience et pré- dilection à la recherche et à la discussion des faits numéri- ques, l'expression des résultats qu'ils en tirent et des déduc* tions auxquelles ils sont conduits sont toujours de la statistique, bien que souvent ils se trouvent lancés dans les théories les plus vastes, soit de l'économie politique, soit de la morale, soit de l'économie sociale tout entière. Partant de là, ils s'estiment, eux hommes de chiffres et de faits, moins sujets à errer que les économistes, qui ne se donnent pas la même peine pour les recueillir, et ils oublient qu'ils ne peuvent avoir raison qu'à la double condition d'avoir l'intelligence des lois économiques et de savoir tirer la philosophie des faits qu'ils ont recueillis, cas auxquels ils joignent à la qualité de statisti- ciens celle d'économistes.

ISous )e répétons, il est bon que celui qui s'occupe de sta-*

DÉFINITIONS, LIMITES ET DIVISIONS. CH. 1. 9

tistique ne méconnaisse pas les notions de Téconomie politi- que, et que celui qui occupe son esprit dans ce dernier ordre d*idées sache lire et comprendre les fails statistiques ; mais ce sont deux ordres de travaux tout à faits distincts. Au reste, il ne faut pas oublier, en lisant les reproches adressés par les économistes à la statistique et par les statisticiens à l'économie pohtique, que ce n*est pas aux deux sciences que tout cela s'adresse, mais à quelques-unes des personnes qui s'e^i occupent, et dès lors l'antagonisme n'a plus aucune por- tée. Quand M. Dufau dil, par exemple : « C'est pour avoir trop dédaigné le secours de la statistique que l'économie po- htique, science un peu fiére de sa nature, s'est souvent égarée dans le labyrinthe des vaines et creuses abstractions*, » il a en vue le passage de J. B. Say,.qui le choque et qu'il critique plus loin. Or c'est une mauvaise manière de parler, propre à jeter de la confusion et inexacte au fond; car, enfin, une science ne peut être fiére ou avenante de sa nature ; elle est ce qu'est la nature des choses qu'elle étudie. Ajoutons qu'outre les faits numériquement exprimés, il y a des faits généraux de la nature humaine et des vérités de l'ordre économique et moral sur lesquels l'économiste peut et doit s'appuyer, et que M. Dufau aurait tort de l'accuser, dans ces divers cas, de s'é- garer « dans de creuses et vaines abstractions. » La vérité, pour être la vérité, n'a pas toujours besoin d'apparaître en formules numériques. A ce sujet, nous rapporterons encore un passage de M. Quételet, auquel nous tenons à répondre. « Regarder, dit ce savant*, les statisticiens comme des manœuvres char- gés d'apporter des pierres brutes et de les entasser pêle-mêle sur les lieux doit s'élever l'édifice, en les abandonnant à des architectes qui n'en connaîtront pas la valeur et qui la plupart du temps ne sauront pas les mettre en œuvre, c'est s'exposer à de fâcheux mécomptes. 11 faut en tout de l'unité. Que larchitecte, quand il construit, sache recueillir ses maté-

* Traité de statistique, p. 41 .

* fjettres sur la théorie des probabilités^ p. 269

10 NOTES ET PETITS TRAITÉS. ÉLéVElITS DE STATISTIQUE.

rianx ; laissez aussi au peintre le soin de réunir et de coor- donner tout ce qui lui est nécessaire pour faire son tableau/i Nous sommes d*accord avec M. Quételet sur la liberté et le droit du statisticien : qu'il recherche les faits, qu'il les coor- donne, et qu'il en tire des conclusions, s'il le trouve bon. Hais qu'il n'oublie pas, en raisonnant sur les conséquences de ses chiffres, qu'il fait acte d'économiste, de moraliste et de philo- sophe, etc., et qu'il consente à être jugé comme tel, même par des hommes qui n'ont pas trituré les chiffres comme lui, mais à qui cependant il est donné de les comprendre et d*ai raisonner. On ne dit pas au statisticien d'apporter uniquement des pierres et de les entasser pêle-mêle ; on ne lui défend pas de faire œuvre d'architecte; mais on lui dit : pour recueillir les matériaux, pour les choisir, ou les bien disposer, les inter- préter, il vous faut être homme de sens et de savoir, et, avant tout, économiste.

M. Dufau et M. Quételet se sont élevés contre ropinion que J. B. Say émettait dans le discours préliminaire de son Traité d'Économie politique, J. 6. Say, comparant l'économi^ poli- tique et la statistique, établissait que la première est une science expérimentale^ tandis que la seconde est une science descriptive; puis il ajoutait : « La statistique ne nous fait con- naître que les faits arrivés; elle expose l'état des produc- tions et des consommations d'un lieu particulier à une époque désignée, de même que l'état de sa population, de ses forces, de ses richesses, des actes ordinaires qui s'y passent et qui sont susceptibles d'énumération. C'est une description très- détaillée ; elle peut plaire à la curiosité, mais elle ne la salis- fait pas utilement quand elle n'indique pas l'origine et les conséquences des faits qu'elle consigne, et, lorsqu'elle en montre l'origine et les conséquences, elle devient Téconomie politique. C'est sans doute la raison pouf laquelle on les a confondues jusqiTà ce moment... Nos connaissances en éco- nomie politique peuvent être complètes, c'est-à-dire que nous pouvons parvenir à découvrir toutes les lois qui régissent les

Dll^PINITIOKS, LIMITES ET DIVISTONS. Gif. I. H

richesses; il n'en saurait être de même dans nos connaissances en statistique. Les faits qu'elle rapporte, comme ceux que rapporte Fhistoire, sont plus ou moins incertains et nécessai- rement incomplets. On ne peut donner que des essais déta- chés et très-imparfaits sur la statistique des temps qui nous ont précédés et sur celle des pays éloignés. Quant au temps présent, il est bien peu d'hommes cfui réunissent les quahtés d'un bon observateur à une position favorable pour observer. On n'a jamais eu un état de population véritable. L'inexacti- tude des rapports auxquels on est obligé d'avoir recours, la défiance inquiète de certains gouvernements et même des particuliers, la mauvaise volonté, l'insouciance opposent des obstacles souvent insurmontables aux soins qu'on prend pour recueillir des particularités exactes ; et, parvînt-on à les avoir, elles ne seraient vraies qu'un instant; aussi Smith avoue-t-il qu'il n'ajoute pas grande foi à l'arithmétique politique S qui n'est autre chose que le rapprochement de plusieurs données de statistique. »

Nous trouvons, nous aussi, quelque chose à redire à ce pas- sage un peu pessimiste, quoique vrai à beaucoup d'égards comme le prouvent les détails dans lesquels nous sommes en- très plus loin en parlant des recensements et d'autres opéra- tions de la statistique. D'abord il n'est pas très-exact de dire que l'économie politique est une science expérimentale et la statistique une science descriptive. Elles sont expérimentales toutes deux et toutes deux descriptives à leur façon. 11 n'est pas exact de dire non plus que la statistique est une descrip- tion détaillée, car elle ne décrit que par voie de relevés nu- mériques. Nous croyons qu'elle peut faire autre chose que plaire à la curiosité, lors même qu'elle ne recherche pas l'ori- gine et les conséquences des faits. Nous croyons encore que J. B. Say a un peu grossi la nature des obstacles que la sta- tistique a à vaincre, bien que ces obstacles soient réels. Mais il ne faut pas oublier que J. B. Say écrivait pour la première

*V. plus loin, cil. II, §2, p. 47.

13 NOTES ET PkTITS TRAITES. ÉLÉMENTS DE STATISTIQUE.

fois son Discours préliminaire, d'où ce passage est extrait, an commencement du siècle, et que ce n*est que depuis sa mort, pour ainsi dire (1852), qu'ont été publiés les plus remarqua- bles travaux de la statistique moderne, tant officiels que par- ticuliers, notamment en France, en Belgique, en Prusse, en Angleterre, etc. Quant à l'opinion de Smith, citée dans ce passage, elle n'a trait qu'à l'arithmétique politique, au rap- prochement des données statistiques, c'est-à-dire plutôt à la statistique conjecturale (dont nous parlons au chapitre ii), qu'à la statistique positive.

Au reste, ce n'est pas dans ce passage critiqué par les sta- tisticiens qu'il faut chercher l'opinion entière de J. B. Say ; il l'a donnée plus complète et plus détaillée dans la ix** partie de son Cours complet ; elle lui a fourni la matière de trois cha- pitres, où sont honsignées de sages réflexions ^

§ III. Des divisions de la Staliatiqae. Qualités néeesaaires aux Slatisticiens.

Au point en sont arrivées de nos jours les recherches statistiques, la science, considérée dans son ensemble, pré- sente deux parties très-distinctes, susceptibles de se diviser elles-mêmes. Ces deux parties sont :

1** La Statistique proprement dite ;

2*» La partie plus essentiellement mathématique, qui com- prend : d'une part, ce qu'on a appelé la théorie et le caUid des probabilités, branche qui rappelle les noms de Laplace, Lacroix, Poisson, etc.; puis d'autre part, cette branche que M. Quételet a appelée la Statistique morale, dans ses Lettres sur la théorie des probabilités ^y' et dans son Système social^.

Ce qu'on a appelé, surtout à la fin du dernier siècle, ÏAnth- métique politique, dénomination qui n'est plus guère d'usage

* J. B. Say a aussi écrit dans la Revue encyclopédique ^ sept. 1827, un article sur l'objet et l'ulilité des statistiques.

* Bruxelles, Hayez, 1846, 1 vol. grand in-8.

* Paris, (iuillaumin, 1848, 1 voL in-8.

r%

DÉFINITIONS, UNITES ET DIVISIONS. CH. I. 15

aujourd'hui, n est encore qu'une des subdivisions ou plutôt une des méthodes et des manières d'opérer de la statistique proprement dite (voir ch. ii).

La Statistique proprement dite a pour but de recueillir et de grouper méthodiquement les faits sociaux susceptibles d'être exprimés numériquement. V Arithmétique 'politique est, nous le répétons, un des moyens de conjecturer, à l'aide des faits connus et des artifices du calcul, ceux de ces faits qui sont inconnus.

La théorie et le calcul des Prohabilités se proposent de dé- terminer le nombre de chances qui peuvent amener une éven- tualité donnée, ou, en d'autres termes, de formuler les chances calculables des événements humains.

Enfin la Statistique morale est une application de ces cal- culs et des autres moyens arithmétiques à la détermination des phénomènes moraux de l'espèce humaine.

La définition que nous avons adoptée plus haut se rapporte parfaitement à l'ensemble de toutes ces parties, à la statistique proprement dite.

Il faut à ceux qui se livrent aux recherches de probabilités ainsi qu'aux recherches de statistique morale comme l'a en- tendue M. Quételet, outre les connaissaoces économiques et sociales dont nous avons parlé, des connaissances mathéma- tiques d'un ordre assez élevé. Jusqu'à présent ceux qui s'y sont livrés (sauf peut-être M. Quételet) sont des savants de Tordre exclusivement mathématique, qui, faute d'études économi- ques suffisantes, n'ont pas donné à leurs travaux toute la portée sociale qu'ils auraient pu avoir.

Pour la statistique proprement dite, les notions et les pro- cédés de l'arithmétique élémentaire suffisent. ,

Mais ce qiii, avant tout, est nécessaire au statisticien vrai- ment digne de ce nom, c'est la fîiculté de Tobservation, c'est

14 NOTES ET PETITS TRAITÉS. ÉLÉMENTS DE STATISTIQUE,

un art et un tact tout particulier pour discerner ce qui est vrai et ce qui est faux dans les chiffres qui s'offrent à lui; c'est une probité scientifique invincible, qui lui fasse rejeter 'l'erreur et le sopldsme numériques ; c'est une grande indé- pendance, qui lui fasse rechercher la vérité et rien que la vérité, c'est-à-dire ce qui a été ou ce qui est, sans qu*ilse laisse influencer par aucune opinion économiqufe, politique ou religieuse, par aucun système préconçu, par aucun désir de vouloir prouver quoi que soit, par aucune influence su- périeure. Il faut qu'il ne veuille rien prouver et qu'il puisse dire à la fin du travail, comme J. 6. Say : <( Je me suis tracé un plan ; mais j'ai écarté tout système : que voulais-je prou- ver? Rien^ » Or ce sont des qualités très-difficiles à ren-l contrer réunies dans le même homme, et c'est pour celajfj que, si les faiseurs de statistiques sont innombrables depuis un siècle, le nombre de ceux qui inspirent toute confiance par c l'intelligence et le caractère est vraiment très-circonscrit. ft

* Préface du Traité d'économie politique.

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CHAPITRE II

MÉTHODES DE LA STATISTIQUE.

I. 1** méthode; mélhode statistique proprement dite ou naturelle, ou d'exposition. ~ II. méthode; méthode d'fiiduction. Arithmétique politique. III. Du calcul des moyennes.

§ ■• 1" métfMNle; méthode stalistiqae propremeiil dite ou nalurelle, ou d-expoaitioii«

Il y a deux manières d'obtenir ]*expression numérique des » faits sociaux : une qui consiste à recueillir, à inventorier un K: à un tous les faits numériques qui constituent les éléments de ' p. 'ordre des faits que Ton se propose de connaître, à les grou- per ensemble, à les coordonner, et au besoin à les réduire pour en avoir la mesure sous une formule plus commode, le tout sans les altérer ; l'autre, qui consiste à obtenir les ré- sultats à l'aide des ressources qu'offre le calcul.

La première est la méthode statistique proprement dite; la seconde est la méthode d'induction.

« La méthode naturelle, qu'on pourrait nommer méthode d* exposition^ dit M. Moreau de Jonnès *, est la seule qui soit digne de l'avenir promis à la statistique. Elle est très-simple, et c'est pourquoi elle n'a prévalu qu'après les autres. On a fait de la botanique pendant deux mille ans avant d'arriver à la méthode que nous devons à Jussieu. Cette méthode consiste, pour la statistique, à enregistrer dans un ordre régulier tous les faits numériques qui constituent les éléments d'un sujet quelconque. Ainsi, lorsqu'il s'agit des établissements de bien- faisance ou de ceux de répression, on prend pour unité les malades ou les détenus de chaque hôpital ou de chaque pri-

* Éléments de statistique, p. 50, !'• édit. 1847.

16 NOTES ET PETITS TRAITÉS. ÉLÉMENTS DE STATISTIQUE.

son, et Ton fait l'histoire de leur destinée, en suivant de mois en mois, d'année en année, la situation et les mouvements de chacun de ces établissements. Faut-il entreprendre la tâche épineuse d'une statistique de l'industrie : chaque manufac- ture, chaque exploitation devient une unité absolue. Les ma- tières premières, les produits fabriqués, les quantités, leur valeur, le nombre des ouvriers, leurs salaires, les machines, et toutes les parties du mobilier de l'établissement sont ènn- mérés d'abord en détail, et ce n'est que postérieurement qu'en groupant les chiffres ainsi posés, on en forme des ta- bleaux collectifs pour les localités, et suivant la nature des produits. I

({ Sans doute, cette méthode d'exposition exige de longs . développements, qui peuvent paraître oiseux à beaucoup de personnes; mais elle a cet avantage immense que chacun peut apprécier la rectitude des éléments, procéder à la vérifi- cation, refaire les calculs d'ensemble, et s'assurer de lexacti^ tu de de toutes les opérations. La statistique exécutée de cette façon est vérilablement expérimentale; elle met sous les yeux du public les témoignages complets de ses assertions, i

Toutefois, lorsque l'abondance des éléments de calcul est si grande qu'elle met obstacle à leur pubhcation, on les resserre en changeant l'échelle, en condensant les éléments. C'est ainsi, par exemple, que, dans la statistique agricole de Fratice, les chiffres de 57 mille communes, dont l'expression aurait formé, au dire de M. Moreau de Jonnès, 250 volumes in-4*, de 300 pages chacun, ont été réduits de manière à représen- ter ceux de 363 arrondissements, et que les 13,542,000 nom- bres primitifs qu'ils contenaient, ont été transformés en i 3,176.

Cette méthode nécessite sur chaque sujet une exploration approfondie qui exige beaucoup de temps, de persévérance et de travail, et aussi des dépenses que les simples particu- liers ne peuvent point faire lorsqu'il s'agit d'informations d'une certaine étendue. Elle exige, déplus, au moment même les documents sont recueillis, une grande tranquillité d'es

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a METHODES DE L\ STATISTIQUE. CH. II. 17

î* prit dans }a population, et une disposition pleine de confiance ^' et de sécurité comme nous l'exposons dans le chapitre sui- ^ vant, en parlant des Opérations de la statistique.

§ II. s* méthode; méthode d'induetion. Arithmétique ^ politique.

^ La seconde méthode consiste à obtenir les expressions nu-

* mériques des faits sociaux à Faide des procédés arithmétiques

- ou algébriques appliqués à un petit nombre d'observations, et

' à admettre, par voie d'analogie, de proportionnalité et de

probabilité, des résultats qui ne sont pas directement con-

' slatés, qui ne sont pas pris sur la réalité des choses.

,, C'est cette méthode que M. Moreau de Jonnès désigne sous

le nom de méthode d'induction, et à laquelle J. B. Say*

donnait le nom d* arithmétique politique, employé aussi au

dernier siècle avec deux autres significations*.

La méthode d'induction ne présente pas les difficultés de la méthode naturelle, mais aussi elle offre infiniment moins de garanties ; et c'est tout au plus si les résultats auxquels elle conduit doivent être considérés comme des informations sommaires. Dans cette méthode, on fait un fréquent emploi du procédé de la régie de trois ou des calculs analogues, pour arriver, d'un petit nombre de faits connus, à des totaux et à des résultats que l'on cherche ; mais on conçoit qu'il est rare

* Cours ix« partie, cliap. m.

* Pour les uns, c'est un terme assez vague, s'appliquant à des consi- dérations sur l'économie sociale en général, ou plus particulièrement aux recherches sur la population, l'agriculture, etc. C'est dans ce sens que l'a employé Arthur Young, célèbre agronome voyageur anglais qui a publié sous le titre d'Arithmétique politique (Political arithmetic, etc. Londres, 1774, 1 vol. in-8) un ouvrage dans lequel il n'y a presque pas de cliiffres, et qui traite des causes qui de son temps avaient fait fleurir l'agriculture dans la Grande-Bretagne et des causes qui faisaient obstacle chez les autres nations aux progrès de cette grande industrie. Pour les autres, le mot arithmétique politique est un synonyme de statistique plus ou moins rai- sonnée, appelant à son aide l'économie politique pour expliquer la cause et la portée des faits numériquement constatés. L'arithmétique était yro- fessée à l'École polytechnique dans les premières aixwèes .

18 NOTES ET PETITS TRAITÉS. ÉLÉMENTS DE STATISTIQUE.

que ce petit nombre de faifs, en les supposant bien obsërv soit l'expression fidèle et exacte de Tensemble des faits qui produisent sur une certaine échelle de population, de pa de temps ou de produits.

Lorsque Vauban, au commencement du dix-huitième siè< calculait la production agricole et le revenu de la France les investigatipns qu'il avait recueillies dans un petit nom de localités; lorsque Lavoisier, en 1790, déduisait du nom des charrues l'étendue des terres en culture, la productioi la consommation de la France; lorsque Lagrange calculail consommation nutritive de toute la population sur celle soldat, en admettant que le cinquième des habitants n*a . dix ans d'âge, et que deux enfants et une femme consc ment autant qu'un homme fait; lorsque Necker, n'osant treprendr^ un recensement général en 1784, déduisait nombre des habitants de celui des naissances, en adoptan rapport d'une naissance pour 25 habitants 3/4; lorsque Ch tal, en 4818, donnait l'étendue des terres arables, des vigr des prés et des bois de tout le royaume, d'après le septiè du territoire cadastré, et en partant, par conséquent de a hypothèse que les six autres septièmes étaient identiq avec les premiers, tant dans la nature que dans la desti tion des propriétés, Vauban, Lavoisier, Lagrange, Necl et Chaptal faisaient de l'arithmétique politique ou de l'indi tion. Lorsque Arthur Young imagina de découper la carte France, d'en peser les fragments, et d'en déduire des conc sions d'après des annotations qu'il avait pu faire sur certaii localités, il poussait aussi loin que possible cette méthoi

Les exemples de cette fausse manière d'opérer sont no breux dans les documents historiques relatifs au passé; m nous n'en citerons plus qu'un exemple ici.

En 1595, Sully procédait de même en faisant l'évaluât suivante des dépenses des sujets du roi : Frais de proc présents aux juges, voyages et chômages, salaires d'avocf procureurs, sergents, 40 millions; pour pertes de journ» de marchands-artisans, laboureurs, manœuvres, et dépen

MÉTHODES DE LA STATISTIQUE. CH. II. 19

d'iceux en tavernes, 12 millions; pour étrennes, gâteaux de roi, chandeleurs, festins, banquets, ivrogneries et crapules, amourettes, chasses, meubles, habits, équipages, bâtiments, jardinages, comédies, mascarades, ballets, jeux, brelans et autres bombances, somptuosités, luxes et dissolutions super- flues, au moins 40 millions, etc., total 254 millions. » Sully n*avait évidemment pas de base bien certaine pour asseoir la plupart de ces dépenses; aussi n* entendait-il faire sans doute qu'un état approximatif; et Ton se tromperait beaucoup si l'on s*appuyait sur lui pour établir qu'à la fin du seizième siècle la somme totale des dépenses privées et publiques était